01/08/05 : Rencontres
dans la blogosphère:
Ce week-end j’ai donc plongé à
deux pieds dans la rencontre en réel dans blogoland.
Samedi d’abord c’était un dîner
sur une terrasse rue Daguerre autour de Samantdi
de passage à Paris. J'étais très heureux
de faire sa connaissance et je l'ai trouvé "en vrai"
toute aussi chouette que dans ses délicieux billets. J'ai rencontré
outre Samantdi, Kozlika,
la fée dotclearienne et mélomane, La
Vita Nuda, cinéphile et danseur que je lis tous trois assez
régulièrement mais d’autres aussi que je découvrais
ici sans connaitre leurs blogs: Chiboum
et l’amoureux, Vroumette
une souris verte, Janu, Xiaojie
(qui n’a rien de chinois sauf le titre de son blog), Jenny
bilingue, Tita 67, des gens
apparemment tous sympathiques, les échanges se sont faits facilement,
la soirée a été gaie et détendue.
Dimanche c’était pique-nique au parc
floral, organisé par Kozlika (grâces lui soit rendues,
il n'a même pas plu!) avec un effectif plus considérable,
issu principalement des troupes qui fréquentent Paris-Carnet.
J’y ai surtout fait connaissance avec grand plaisir de Tarquine
et des trois célèbres Tarquinets. J’ai été
très content aussi de revoir, ça c’était
la surprise, une diariste que j’aime bien et dont les mots attachants
et authentiques coulent toujours mais dans un coin désormais
plus discret de la blogosphère. J’ai échangé
quelques mots ici et là avec d’autres, ne serait-ce que
les noms de plume et de blogs, pour la plupart totalement inconnus
de moi. Envie bien sûr après d’aller y mettre le
nez. A un moment j’ai sorti mon petit carnet pour noter justement
tous ces noms, comme par un fait exprès mon stylo était
en panne (oui, oui, ça arrive aussi aux bons vieux outils d’avant),
je n’ai pas insisté, peut-être était-ce
un signe, peut-être faut-il découvrir d’abord les
mots avant de découvrir les gens, enfin j’irai voir,
j’ai commencé à le faire, ceux dont je me souviens…
Est-ce que j’aime bien finalement ce genre
de rassemblement ? J’ai passé tout simplement un bon
moment, sans jamais me sentir mal à l’aise, malgré
la petite appréhension que j’avais à l’arrivée
comme chaque fois que je débarque dans un lieu où je
connais peu de monde. Après tout, au moins ici les gens partagent
déjà quelquechose, au moins un certain goût d’écrire
et cela déjà est un sujet de conversation tout trouvé.
Donc peut-être reviendrais-je à des Paris-Carnet cet
automne.
Mais je sais aussi que ce qui m’importe plus
c’est la relation duelle ou de petits groupes, celle où
l’on peut aller plus loin sur soi et sur les autres. Plus que
d’aller à la rencontre indéfinie de nouveaux,
ce qui m’importe à moi; c’est d’approfondir,
de rencontrer vraiment ceux (celles) que j’ai commencé
à connaître (ou à croire connaître) par
la fréquentation assidue de leurs mots qui ont su me retenir.
J’aime cela, sentir les personnes sortir peu à peu des
limbes, commencer de les imaginer à travers ce qu’elles
veulent bien montrer d’elles-mêmes.
Chacun a ses cercles dans lesquels il puise. La
blogosphère est faite de ces cercles mouvants, aux contours
flous, chacun est l’étoile, plus ou moins brillante,
plus ou moins agrégative, de son propre petit système
solaire, chaque planète est aussi une étoile, tout ça
bouge, se renouvelle, interfère à grande vitesse selon
des lois improbables qui n’ont rien de la rigueur de la mécanique
céleste. Ça me fascinerait assez l’idée
d’une carte en temps réel sur laquelle on pourrait suivre
ces mouvements blogosphériens. Si ça se trouve quelque
geek s’y amuse déjà, ça doit devenir concevable
avec les outils qui sont apparus maintenant sur les blogs, fils et
compagnie… Les grands cercles fédérateurs, type
la CEV, qui étaient autrefois (autrefois ! il y a quoi, deux
ans, trois ans… !) les points d’entrée et de découverte
privilégiés dans un tout petit monde n’ont plus
de sens dans l’océan des blogs. Mais il y a des cercles
d’ateliers d’écriture aussi, moi je bricole parfois
sur Obsolettres,
ici j’ai vu que certains publiaient sur Coïtus
impromptus sans parler pour l'été de l'Hôtel
des Blogueurs où se déroulent des aventures de plus
en plus échevelées. De cercle en cercle, ça tourne,
ça tourne, on peut finir par avoir le tournis …
Alors pas d’intoxication. Il faut déconnecter
de temps en temps. Ce que je m’apprête à faire
pour un nouveau séjour débranché, mais quand
même ce coup-ci j’embarque mon portable, j’écrirai
sans doute et posterai peut-être en tir groupé, vers
la fin du mois.
D’ici là bonnes vacances à ceux
qui en ont et bonne vie, à tous.
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04/08/05 : Bonheur
d’un lieu :
C’est un signe tout de même je me sens
bien dès que j’arrive ici…
La veille à Paris avait été
assez calamiteuse. Journée météorologiquement
sinistre, temps lourdement couvert, j’ai été obligé
d’allumer la lumière en plein midi, mon énergie
était à l’unisson, rien de ce à quoi je
me suis mis n’a abouti entre déboires informatiques (il
faudrait que je me décide à reformater mon disque et
à tout réinstaller) et ma propre apathie, c’était
une baisse brutale de régime après les moments agréables
du week-end, mes contradictions coutumières que parfois je
perçois comme dynamiques, comme injonctions à avancer,
à chercher et trouver de nouveaux équilibres m’ont
paru d’indépassables nœuds d’immobilité.
J’ai lu un mauvais livre aussi « Le problème avec
Jane », de Catherine Cusset, ennuyeuses affaires de cœur
sur fond de vie universitaire américaine avec ses rivalités
et ses snobismes, tout ça m’a paru profondément
artificiel et m’a ennuyé, j’ai continué
à lire pourtant, par facilité peut-être, c’était
plus simple que de me coltiner au reste de ce que je voulais faire
ou que de sortir. Mais l’ai-je perçu comme un mauvais
livre surtout parce que moi-même je n’étais pas
en disposition ? Peut-être, j’avais bien aimé certains
autres bouquins de cette auteure. En tout cas ce n’est pas un
de ces livres qui par l’admiration qu’il suscite aide
à se sentir mieux.
Heureux de partir donc et heureux d’arriver
ici. Etrange comme je me sens ici chez moi, à ma place, alors
que je n’y ai jamais vécu, que la maison n’est
même pas une maison d’enfance ou j’aurais quantité
de souvenirs. Mes grands-parents l’ont acheté au moment
de leur retraite, ils avaient vécu toute leur vie en ville,
lorsque j’allais les voir c’était plutôt
au bord de la mer, en Espagne où ils avaient une villa. Plaisir
de la maison certes, ancienne, solide, assise, aux grandes pièces
hautes de plafond et qui restent fraîches derrière les
murs épais, avec de grandes fenêtres où l’on
peut s’accouder, donnant plein est sur le jardin côté
des chambres, soleil du matin, plein ouest sur la place, la halle
centrale, les gens qui vont et viennent, la vie de la petite ville,
soleil du soir. Plaisir dès le matin, comme un signe pour démarrer
la journée, de la salle de bains où il fait tellement
bon faire sa toilette fenêtre ouverte sur le jardin avec le
soleil et la lumière qui entrent à flot, en regardant
les arbres. Mais ceci suffit-il à expliquer cela ? Pourquoi
est-ce que je trouve la campagne environnante merveilleuse alors que
les paysages sont agréables certes mais n’ont rien d’exceptionnels,
pourquoi est-ce que je trouve la petite ville tellement agréable
alors que ce n’est qu’un gros bourg assez vivant sans
doute mais qui devrait paraître sinistre à vivre au quotidien
à quelqu'un habitué à une vie de capitale ? Je
me le demande. Atavisme profond ? Lieu des racines ? Je ne croyais
pas trop à ces choses là et pourtant… Chaque fois
que je viens ici je sens de plus en plus fort que j’aimerai
m’y installer.
J’ai retrouvé Papa. Un peu amoché
le pauvre homme. Au cours d’une promenade cycliste l’autre
jour, il n’a pas vu une chaîne barrant le chemin et a
fait un vol plané dans un fossé. Deux côtes fêlées,
des contusions multiples, un point très douloureux à
la cuisse. Il se lève avec difficulté quand il est allongé,
il s’appuie sur une canne pour marcher. Il n’a pas son
peps habituel, même s’il prend ça avec philosophie,
j’ai l’impression que ça lui fait un sale coup
au moral de sentir ainsi sa motricité réduite. Ça
lui rappelle qu’il est un vieux monsieur, ce que sa bonne santé
et son dynamisme lui masquent habituellement et cette situation provisoire
lui donne j’imagine un avant-goût de ce qui de façon
plus permanente et immanquablement déclinante pourrait être
son lot les années passant. Nous avons fait à petit
pas le tour des couverts puis aujourd'hui une promenade un plus lointaine
jusqu’au mini canal qui contourne le bourg et porte les eaux
vers le Canal du Midi.
Moi j’ai fait un peu de vélo sur les
petites routes alentour. La campagne est très sèche,
c’est vrai, les prairies sont jaunasses, les champs de blé
qui ont déjà été moissonnés sont
de vrais paillassons, les tournesols n’ont pas d’éclat
et piquent du nez, seuls les maïs sont beaux, bien verts, les
agriculteurs manifestement ont le droit de les arroser malgré
la sécheresse, les tourniquets étaient en action mais
diable pourquoi arrosent-ils à onze heure du matin lorsque
le soleil se met à taper fort et pas à sept heures du
soir lorsqu’il décline ? J’aime cette campagne
parce qu’elle est vivante et riche, une polyculture variée
y est pratiquée, il n’y pas ici cette tristesse des champs
abandonnés et des friches que l’on rencontre dans beaucoup
de régions, les maisons anciennes sont retapées et bien
entretenues et pas que par des résidents secondaires, il y
a beaucoup de jolies maisons, des petits châteaux attestant
de la richesse ancienne de la contrée, des maisons de maître
plus modestes aussi, mais toujours entourées de leur bosquet
d’arbres, cèdres, pins parasols, quelques cyprès
qui ponctuent le paysage, les petites routes souvent sont bordées
de platanes à l’ombre douce comme les places ou les promenades
des villages…

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05/08/05 : Bribes
de nuit :
Mauvaise nuit ponctuée de réveils
intempestifs, une fête très bruyante dans une maison
proche y a contribué à cette saison où l’on
vit fenêtres ouvertes de même que le dîner un peu
trop lourd et arrosé que nous avions fait à l’occasion
de l’arrivée d’une amie de papa qui va séjourner
quelques jours ici.
Réveils ponctués de cauchemars mêlant
anxiétés liées à ma vie professionnelle
à d’autres plus intimes. Je m’efforce au matin
de récupérer ces images avant qu’elles ne s’effacent.
Je me retrouve à mon bureau après
les travaux attendus, je ne reconnais rien, ce n’est pas le
même lieu, il est très vaste, trop vaste pour l’équipe
qui est la notre mais affreusement mal conçu. J’erre
de pièce en pièce, atterré, tandis que des gens
arrivent peu à peu sans qu’aucun n’ait l’aspect
d’une personne déjà connue. Il se révèle
que ce lieu est aussi l’endroit où nous devrons habiter,
chacun disposant d’une pièce à la fois bureau
professionnel, chambre et pièce à vivre personnelle.
Je m’avance vers la mienne. Quelqu'un l’occupe déjà,
un homme avec qui j’ai participé à un voyage ou
même avec qui je suis en train de voyager. Il n’est pas
seul. Une jeune femme est assise dans un coin de la pièce,
une autre participante de ce voyage d’ailleurs, ils parlent
de façon concentrée, sérieuse, intime, ce n’est
pas un dialogue amoureux, peut-être cela va le devenir à
moins que ce ne soit au contraire le début d’une fin.
J’ai l’impression de déranger en tout cas, j’hésite
au seuil de la pièce, c’est chez moi tout de même,
l’homme ne me laisse pas le choix, il vient fermer la porte
à clef sous mon nez. Je bats en retraite, totalement catastrophé,
j’erre dans les couloirs en me désolant, qu’est-ce
que je vais faire, ou vais-je aller, où est-ce « chez
moi »…
Pendant ce voyage organisé nous nous retrouvons
dans une sorte d’auberge. C’était au matin d’une
journée libre que chacun occupait à sa convenance. Moi
je devais aller avec une voiture de location dans un lieu relativement
éloigné pour une activité professionnelle n’ayant
rien à voir avec mes vacances. J’avais l’impression
désagréable de fuir sans rien dire, car je ne devais
rien dire, je ne devais pas revenir dormir ici, or c’était
le dernier jour de ce voyage collectif, les participants ensuite se
dispersaient, je me préparais dans mon coin en pestant intérieurement,
m’habillant de vêtements sinistres tandis que les autres
s’habillait avec des vêtements gais ou festif en prévision
de la fête devant avoir lieu le soir, j’entendais les
rires de trois-quatre personne qui batifolaient ensemble sous la douche
en se préparant, encore une fois je me sentais exclu. Constance
apparaissait à ce moment, elle était du voyage elle
aussi, mais elle restait et nous devions nous retrouver le lendemain.
Elle me parlait aussi. Elle me parlait d’amour
retrouvé, de nouveau départ, de joie merveilleuse, j’étais
aux anges et puis elle éclatait en sanglots, je réalisais
soudain que ce n’était pas moi le partenaire de cet amour,
c’était une parenthèse merveilleuse dans sa vie
mais qui était close déjà, pas un nouveau départ
et c’est pour ça qu’elle pleurait, six jours disaient-elles,
six jours et c’est déjà fini…
Voilà c’étaient ces images,
avérées, incontestables. Je ne suis pas sûr par
contre du fil qui les lie et de la succession des séquences.
J’ai eu une nuit hachée, faite d’assoupissements
et de réveils avec l’impression de poursuivre tout au
long de la nuit plus ou moins le même rêve dans une même
atmosphère grise et de déni de moi-même.
Images de cauchemar, ponctuant le profond bien-être
que j’ai ressenti à être ici, est-ce manifestation
de la présence de la face cachée, de la face noire qui
ne veut pas se laisser oublier ? J’engage mes activités
de la journée, avec une légère sensation de malaise,
je sais bien qu’elle va se dissoudre en même temps que
le rêve va s’éteindre dans sa force évocatrice,
les mots que j’en ai écrits le font perdurer et l’éloigne
en même temps, ils n’en sont qu’une trace indolore.
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08/08/05 : Père et fils :
Je me suis installé dans le jardin. La nuit
est tombée, les étourneaux qui se rassemblent en grandes
colonies sur la place de la Mairie piaillent, l’air qui était
calme s’anime, il semble que l’Autan soit en train de
se lever, des rafales, encore modestes, se déclenchent, agitent
brutalement les feuillages, font claquer ici et là des volets
mal accrochés…
Je suis seul et jouis de ma tranquillité.
Après le dîner Papa fatigué est monté rapidement
se coucher, sa vieille amie en visite s’est retirée aussi,
sans doute pour aller regarder la télévision au salon.
J’attends que la machine à linge ait fini de tourner
pour étendre la lessive sous l’auvent, j’ai posé
mon livre et je rêvasse, j’ai pris mon ordinateur avec
l’envie d’y noter quelques mots.
Les jours passent paisiblement mais non sans mélancolie.
J’ai prolongé mon séjour ici de quelques jours,
car l’état des anciens rend nécessaire de donner
quelques petits coups de main. Constance a terminé son stage
de yoga et est maintenant en Bretagne où je devais la rejoindre
hier, ce sera pour après-demain, je me languis d’elle,
agréable cette séparation un peu plus longue que prévue
qui a le pouvoir de donner envie de se retrouver.
Papa va mieux de jour en jour mais marche toujours avec une certaine
difficulté. L’amie de passage est gentille, chaleureuse
mais un peu à côté de la plaque, incapable de
donner le moindre coup de main, c’est un poids en l’occurrence
plutôt qu’une aide, il faut donc pourvoir à tout,
courses, cuisine, vaisselle, un minimum de ménage. Et puis
de sentir ce poids du grand âge autour de soi, ça n’aide
pas...
Je fais des petites ballades à vélo.
Nous montons sur le soir jusqu’au lac, mais en voiture, pas
à vélo ou a pied comme nous avions coutume de le faire
les autres années, nous nous baignons, Papa arrive à
nager et ça lui fait du bien. Plaisir à se laisser flotter
dans cette eau à la température agréable, sur
ce vaste plan d’eau entouré de son écrin de verdure,
c’est autrement agréable qu’une piscine, même
découverte, même d’où l’on voit le
ciel, ici on se sent dans l’élément et dans le
paysage, pas dans un bassin pour faire des longueurs, il y la ligne
des arbres devant soi, la forme douce des montagnes au-dessus, le
miroitement de l’eau dans la lumière quand on nage face
au soleil descendant.

Hier nous avons effectué le pèlerinage
rituel que Papa tient à faire chaque fois qu’il vient
ici au cimetière du petit bourg du Tarn, à une cinquantaine
de kilomètres d’ici, c’est le pays de sa mère
et là où sont enterrés mes deux grands-parents.
En chemin il raconte des anecdotes, lieux de son enfance, cette petite
route il la connaît par cœur, il connaît les fermes
et les hameaux qui la borde, les lieux où des points de vue
se découvrent, cette route il l’empruntait à vélo
jeune adolescent avec sa petite valise accrochée au porte-bagages,
au mi-temps de ses vacances, pour passer de grands parents paternels
à grands parents maternels, il évoque en souriant le
mauvais état de la route autrefois, la raideur des côtes,
les haltes à l’ombre qu’il faisait à mi-chemin
tandis que portés par le moteur nous avalons la route en une
heure de temps et sans effort. Au cimetière il prend un broc
d’eau à la fontaine de l’entrée, voici la
pierre, dalle sobre de granit mais que grignote un peu mousses et
lichens : « il faudrait que je la fasse nettoyer », pas
de fleurs autour de la tombe bien sûr, il n’y a plus personne
ici, il y a juste un pot avec deux-trois plants d’un mini arbuste
résistant (du buis ?), c’est cela qu’il arrose
en silence, je le regarde faire, nous repartons, j’ai une question
aux bords de lèvres, et lui, où voudrait-il, ici auprès
de ses parents, à six cent kilomètres d’ici, à
Annecy, où est ma mère, il médite quelques instants,
pas longtemps, déjà il donne le signal du départ,
je garde ma question, ce sera pour plus tard, il saura bien le dire
quand il en éprouvera le besoin…
Aujourd'hui voyage plus touristique, nous sommes
allés, aux confins de l’Aude et des Pyrénées
Orientales, voir des châteaux cathares, des lieux qu’il
aime et où moi même je n’ai pas été
depuis l’enfance. L’excursion était prévue
en partie pour faire découvrir cette région à
l’amie de passage mais elle se dit fatiguée, préfère
rester à la maison. Nous ne renonçons pas finalement
et nous y allons tous les deux, le père et le fils, agréable
moment d’intimité, ce n’est pas si fréquent
que nous soyons ensemble juste lui et moi. C’est un peu loin,
un peu saoulant de voiture mais enfin les lieux valent la peine, Papa
ne pourra monter qu’à l’un des deux châteaux
que nous visitons et encore pas tout en haut mais ça ne fait
rien, il est ravi, il m’attend dans des guinguettes le temps
que je crapahute jusqu’en haut et que je lui ramène quelques
images de lieux que d’ailleurs il connaît bien et a parfaitement
en mémoire.


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10/08/05 : Trains
:
Mon train file à travers les Charentes. Parti
sous un ciel menaçant d’orage, j’ai retrouvé
après Bordeaux le grand beau temps, ciel bleu, lumière
violente en ce milieu d’après-midi, écrasant une
campagne assoupie, avec ses champs jaunis, ses haies rares, ses maisons
basses et blanches qu’égayent le rosé de leurs
toitures de tuiles.
Long voyage de toute la journée du pied de
la Montagne Noire jusqu’à la pointe de la Bretagne. Le
train progresse à une allure modérée, s’arrête
dans de petites gares, rappelant les voyages en train d’avant
les TGV.
Enfin, plus ou moins…
Ce matin oui, j’étais dans un wagon
avec des compartiments, oui, cela existe encore, des conversations
se sont engagées avec d’autres voyageurs, conversations
banales, modestes mais conversations tout de même, échange
de regards, de sourires, de politesses, on se dit « au revoir
» et on se souhaite « bonne fin de voyage » quand
on se sépare. Je vais dans le couloir, je me dégourdis
les jambes, je regarde un moment le paysage avec ce grand angle que
permet la position debout devant la fenêtre, je vais au bout
du wagon, revient, reprend ma place et c’est plaisant sur le
temps d’un long voyage. Certes on ne peut pas descendre la vitre
comme on le faisait autrefois dans les trains d’été,
on ne peut s’abrutir du mouvement violent de l’air autour
de son visage, on n’a plus à se reculer précipitamment
au moment de croiser un autre train, on ne se répète
plus comme une comptine : « do not lean outside, nicht inhauslennen,
e pericoloso sporgersi… »
Cet après-midi ce n’est pas pareil.
Je suis dans une voiture corail quasi pleine, je me sens plutôt
coincé, je suis à côté de la fenêtre
certes ce qui me permet de jeter des regards sur le paysage. Mon unique
voisin est un gros jeune type au regard éteint, aux cheveux
coupés courts, il ne lit pas, n’écoute pas de
musique, il baille, sommeille, tripote son téléphone
portable, ne répond même pas au vague sourire que je
lui fais au moment où je le dérange pour faire quelques
pas dans le couloir central. Quelques pas mais pour quoi faire, je
vais au bout du wagon à pas très lents pour faire durer,
jeter un coup d’œil sur les autres voyageurs, à
défaut de les avoir en face de moi et de leur parler, il n’y
a même pas dans ce train une voiture bar qui serait un but d’excursion.
Je bouquine. Je lis « Orgueil et préjugé
» de Jane Austen, un de mes Pléiades du printemps. J’aime
bien ce voyage, ailleurs. La vie dans la campagne anglaise à
l’aube du 19° siècle, la description minutieuse des
rituels sociaux, les malentendus auxquels conduisent justement orgueils
et préjugés qu’ils soient personnels et psychologiques
ou reflets des comportements de castes, je me régale des personnages
dont les ridicules donnent lieu à de délicieuses scènes
de comédie très bien menées. Dans ce climat on
admire d’autant plus la vivacité, l’indépendance
d’esprit, le charme de la délicieuse Lizzy dont on devine
qu’elle est la porte-parole de Jane Austen. On se prend de sympathie
pour elle, on voudrait le « happy end », surtout là
où j’en suis rendu, après sa nouvelle rencontre
avec Darcy dans le parc de Pemberley, on sent que l’amour est
près de triompher des préjugés, oui, bien près,
si près que l’on sent que la scène n’est
là que pour mieux faire ressortir une fin que l’on pressent
dramatique.
« Luçon, Luçon, deux minutes
d’arrêt… »
Après Nantes le train se vide et un peu plus
à chaque arrêt. Mon voisin est descendu, j’ai pu
étendre mes jambes, aller et venir à ma guise dans le
wagon, dans la lumière adoucie du soir des paysages plus vallonnés
et plus verts de Bretagne ont succédés aux campagnes
plates et jaunies de Poitou et de Vendée. J’ai fini mon
roman...
Et sur une « happy end » finalement
que j’ai goûtée de bon coeur. Le récit est
bien mené, ménageant le suspense. Presque jusqu’à
la fin j’ai attendu un brutal renversement de situation empêchant
la conclusion heureuse. Il n’est pas venu. Ce sont bien la raison
et l’amour qui l’emportent grâce au bon sens et
à l’énergie de Lizzy. En d’autres termes
c’est la « middle-class » montante et les femmes
dont Lizzy justement est la représentante aussi charmante qu’avisée
qui triomphent des vieilles mœurs aristocratiques et patriarcales.