26/07/05 : Retour d’Irlande
:
Nous voici rentrés. Beau voyage. Encore que
l’on aurait souhaité un temps plus franchement irlandais.
Nous avons eu le plus souvent un temps assez uniforme avec un ciel
gris relativement bas, quasiment sans pluie ce qui était appréciable
mais sans très belles lumières. Il n’y a eu au
cours du séjour que deux ou trois jours avec grand vent, successions
de grains et de coups de soleil étincelants qui font merveilleusement
ressortir les paysages et les couleurs.
Ma main d’écriture a été
bien lourde. Je n’ai pas pris de notes au fur et à mesure
décrivant mon voyage comme je le fais habituellement et donnant
mes commentaires culturalo-socialo-esthétiques au fur et à
mesure du vécu de l’instant. Non que les conditions aient
été particulièrement mal adaptées, c’était
plutôt par flemme, envie de simplement buller, de rêvasser
ou de bouquiner au retour dans les auberges le soir après nos
virées.
Alors au retour je me contente, juste pour garder trace, pour me souvenir
des noms et pouvoir les mettre en regard de mes photos, de suivre
la carte routière et de donner la succession en style quasi
télégraphique de nos étapes :
14/07 : Départ aux grandes aurores (4h30)
en taxi pour Roissy. Vol pour Dublin. Prise en main de la voiture
de location et en route sur la file de gauche pour le Nord. Pique
nique à Armagh. Visite de Derry (Londonderry pour d’autres).
Souvenirs des affrontements encore très présents (poste
de police derrière barbelés et miradors), la promenade
circulaire le long des remparts qui ceignent la vieille ville permet
une vue d’ensemble sur la ville dont on perçoit bien
la division spatiale, sociale et religieuse. Hébergement dans
un superbe B and B au pied des Sperrin Mountains, belle demeure de
la gentry au milieu d’un domaine, impeccable confort très
british, gravures anciennes sur les murs, belles bibliothèques
dans toutes les pièces, accueil particulièrement chaleureux.
15/07 : En route pour le parking d’accès
à la Chaussée des Géants où nous laissons
la voiture et prenons une navette qui nous mène un peu à
l’est sur la côte. Trois heures de marche le long des
falaises sous un ciel très gris mais sans pluie pour plonger
finalement sur le site de la Chaussée et retrouver la foule
des touristes. Mais le lieu en vaut la peine. Nous restons un long
moment à batifoler sur ces entassements de colonnes naturelles
aux formes régulières et aux couleurs contrastées,
environné par le ressac de la mer. Visite ensuite de la distillerie
de Bushmills. Passage de la Foyle par le bac, nous filons vers notre
hébergement à Malin Head sur l’extrême pointe
de la péninsule d’Inishowen.

16/07 : Tour à pied de Malin Head. Un peu
décevant. Le chemin suit pour l’essentiel une petite
route goudronnée qui n’est pas en extrême bord
de mer et dont il est difficile de sortir. Beaucoup de constructions
neuves sans charme ni caractère réparties de façon
un peu anarchique. Temps toujours gris et plat.
17/07 : Ballyliffin un peu plus au sud sur la péninsule
dans le but de faire l’ascension de la colline de Raghtin More
(500 m). Progression un peu difficile hors sentier, buissons et tourbières,
avant de rejoindre la crête. Mais un nuage bas encapuchonne
le sommet. Nous renonçons et redescendons. Promenade en voiture
à la place, contournement de la colline, montée jusqu’au
col de Dunloe. Le sommet est dégagé maintenant, dommage
trop tard pour remonter. Au retour arrêt sur Doagh Island pour
visiter le « famine village ». Etrange musée privé
de bric et de broc, évocations des traditions irlandaises,
de la crise de la pomme de terre, de la grande famine et de l’émigration
à travers des objets, des maquettes, des reconstitutions avec
personnages de cire de facture grossière et à des échelles
différentes, le tout dans un aimable désordre, loin
de tout les canons de la muséographie officielle et avec un
effort quasi militant pour mettre en relation la situation de l’Irlande
d’autrefois avec l’état du monde aujourd'hui.
18/07 : Dernière nuit à Malin Head
puis départ pour une journée de voyage principalement
automobile d’abord plein sud vers Letterkenny puis remontée
plein nord sur la péninsule suivante, tour de la presqu’ïle
de Rosguill puis arrivée à notre hébergement
du soir à Dunfanaghy.
19/07 : Tour pédestre de Horn Head, (le Cap
Horn pourrait-on dire !), vrai temps irlandais cette fois, grand vent,
alternance de grains et d’éclaircie, magnifique randonnée
hors sentier longeant la côte, après une plage somptueuse
l’itinéraire s’élève de plus en plus
par des croupes successives vers des falaises qui dominent le cap
proprement dit. Les chaussures de rando de Bilbo l’une après
l’autre rendent l’âme, (la semelle plutôt
!), nous obligeant à revenir prématurément à
la voiture, lui cheminant en chaussettes. Nous remontons à
proximité du cap en voiture, Bilbo enfile ses tennis et nous
pouvons alors profiter d’une seconde rando sur la pointe elle-même,
à tel point battue par les vents que nous ne pouvons guère
nous avancer trop près du rebord de la falaise. Redescente
à Dunfanaghy et promenade toujours très ventée
sur la plage.

20/07 : Départ de Dunfanaghy, arrêt
au petit col qui est au pied de la Muckish Mountain et ascension de
ce petit sommet (670m) cette fois nous restons sous les nuages, vues
superbes sur toute la région que nous venons de parcourir dans
une lumière malheureusement assez éteinte. Ensuite Glenveagh
National Park, promenade rapide au bord du lac et autour du château,
visite des magnifiques jardins et du château lui-même,
belle évocation de la vie des grands propriétaires du
19° et du début du 20° siécle. Et le soleil
enfin qui montre le bout de son nez conférant au lieu de magnifiques
lumières du soir. Arrivée à notre B and B. de
Dunlewey.

21/07 : En route pour Meenlaragh où nous
prenons le bateau pour l’île de Tory. Traversée
calme. L’île vaut surtout par ses falaises dans la partie
est où nous rendons dès l’arrivée. La pointe
est extraordinaire et cette fois il n’y a pas de vent, pas de
vagues spectaculaires donc mais au moins nous pouvons cheminer sur
l’extrême bord des falaises. Progressivement le temps
se met au grand beau, nous cuisons même un peu sur le bateau
au retour. Arrêt au retour dans un restaurant agréable
sur les hauts de Gortahork, enfin un assez bon repas, nous rentrons
un peu au jugé par une route minuscule qui n’est même
pas sur la carte, beaux paysages de hautes terres dans une lumière
magnifique au pied du mont Erigal qui se débarrasse enfin des
derniers nuages accrochés à son sommet. Bon présage
pour demain, nous avons prévu de faire cette ascension.

22/07 : Mais non, l’Erigal est complètement
pris au matin. Nous nous contentons donc d’une petite promenade
dans la vallée, au bord du lac et du Poisoned Glen puis prenons
la route vers notre prochaine destination. Plein sud par Dunglow,
quelques arrêts sur la côte, pique-nique à Poortnoo,
Ardara, vallée et col de Glengesh pour redescendre vers Carrick
et Kilcar. Et deuxième bon repas du séjour dans le restaurant
de ce village.
23/07 : Nous allons au belvédère de
Bunglass au pied de la Slieve League, une montagne de 600 m de haut
qui tombe de façon presque verticale dans la mer (plus haute
falaises d’Europe ? hum, il n’y a pas vraiment 600 m en
falaise quoique disent les dépliants touristiques mais c’est
tout de même assez spectaculaire). Une fois encore malheureusement
la crête est prise dans le nuage. Nous attaquons la montée.
Superbes vues à mesure que nous avançons et prenons
de la hauteur. Nous restons hélas au pied de la dernière
crête car le nuage hélas ne s’est pas retiré
à temps. L’après-midi nous filons sur Glencolumbkille.
Visite d’un village traditionnel reconstitué, ensemble
modeste mais sympathique, site créé dès 1967
par le prêtre du coin, très actif dans le développement
économique et social de sa paroisse très miséreuse
à l’époque. Le petit musée est d’ailleurs
aussi à se gloire et vante les mérites de l’économie
solidaire et du micro-développement dans une démarche
pas très différente de ce que nous avons perçu
au Famine Village de Doah Island. Ensuite belle côte plein sud
jusqu’à Malin Beg et sa plage magnifique dans sa baie
presque fermée par un cercle de falaises. Nous y descendons
par un escalier raide. Soleil de l’après-midi, grande
douceur, mer étale dans cette baie particulièrement
protégée. Marche pied dans l’eau jusqu’au
bout de la plage. Mer fraîche, pas si froide, envie de baignade,
regret de n’avoir ni maillot, ni serviette, j’aurais aimé
ce bain là pou ponctuer cette fin de voyage. Retour au village
de Kilcar en longeant par derrière la montagne de Slieve League
dont le sommet enfin s’est dégagé. Nos habitudes
de montagnards matinaux semblent décidément inadaptées
ici, c’est plutôt sur le soir que les sommets se dégagent
! Descente au village pour une soirée pub en musique. Il s’y
fête l’anniversaire d’un gars du coin, ça
parle haut et fort, le chanteur folk malgré la sono à
un peu de mal à se faire entendre et donne de surcroît
une musique qui n’a rien de spécifiquement irlandais.

24/07 : En route pour le retour vers Dublin par
Donegal, Ballyshannon, les bords du Lough Erne, Enniskillen, pique-nique
à Belturbet au bord de l’Erne, arrivée à
Dublin dans un charmant petit hôtel dans un quartier résidentiel
près du jardin botanique. Nous allons à pied jusqu’au
centre ville dont nous faisons rapidement le tour, la encore le temps
se lève sur le soir, promenade agréable en bord de Liffey
avant de dîner au pub.

25/07 : Juste le temps d’une heure de marche
le matin à travers le magnifique jardin botanique avec ses
superbes serres à l’élégante architecture
et puis route vers l’aéroport et vol de retour…
Voilà, the end !
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29/07/05 : Paris au
mois d’août :
Enfin pas tout a fait. Mais disons que c’en
est déjà l’ambiance. Le cœur des vacances
d’été, Paris en partie déserté par
ses habitants, les magasins et les rues très calmes hors des
zones touristiques, une certaine impression de nonchalance…
Je reste à Paris quelques jours finalement.
Hier Bilbo est parti une seconde fois de l’été
vers la Bretagne (décidément il se fait un été
très celte, des séjours bretons entrecoupés d’Irlande
!), Constance elle est partie pour un stage de yoga d’une semaine
Je devais filer moi aussi hier pour rejoindre mon père qui
est seul dans notre maison du sud-ouest. Mais j’ai dû
faire aujourd'hui deux trois démarches en rapport avec le chantier
à mon bureau qui n’a pas le moins du monde avancé.
Je me fais peu d’illusion sur l’efficacité de mes
interventions pour faire bouger les choses mais enfin du moins j’aurais
tenté… Du coup, retardé pour retardé, j’ai
décidé de me retarder de moi-même un peu plus
pour pouvoir assister à des rencontres de blogueurs qui ont
lieu ce week-end. Je n’y connais personne. Deux troupes de blogueurs
successivement, (sans doute partiellement communes) et dans lesquelles
je ne connais personne pour moi qui jusqu’à présent
suis resté plutôt circonspect et très avare de
contact, quelle révolution ! Je suis assez excité à
vrai dire à l’idée de basculer dans cet autre
aspect de la vie internautique même si en vieux timide que je
suis j’ai une vague appréhension à débarquer
au milieu de tous ces gens dont beaucoup se connaissent déjà.
Et je suis très content surtout de faire la connaissance de
Samantdi dont j’apprécie
tant les mots. Evidemment j’ai senti mon père un peu
déçu au téléphone lorsque je lui ai annoncé
ce retard dans ma venue, j’en suis un peu culpabilisé
mais je suis content finalement d’avoir choisi selon mon envie
et de ne pas m’être laissé aller à m’obliger,
on se donne parfois des devoirs qui sont en réalité
des prétextes à rester dans le cocon sécurisant
de l’habitude.
J’apprécie ces quelques jours en solitaire
finalement. Je fonctionne à un rythme lent ce qui m’est
totalement inhabituel à Paris. Je ne m’oblige à
rien, je ne me fais pas des programmes bousculés, il y a bien
des tas de choses que je voulais faire et que peut-être je ne
ferais pas mais sans que ça me pose problème, des visites
d’expo, des écritures, des lectures, le remodelage de
mon site, etc, on verra, se fera ce qui se fera et basta.… J’ai
bien tenté d’aller bricoler un peu sur dotclear. Sans
grande efficacité, tant pis, je crois que je vais laisser tomber
et en rester à mon petit site vieillot où m’installer
sur une plateforme commerciale préconstruite. Une fois passé
ma petite contrainte professionnelle, une fois Bilbo et Constance
chacun dans leur train, je me suis laissé glisser au fil des
heures, je me sens totalement libre, je peux traîner sur internet
à l’heure où je veux, laisser mes affaires en
foutoir, ne pas ranger la table du dîner et ne pas faire le
lit, me relever en pleine nuit si j’insomnise sans avoir peur
de gêner pour bouquiner ou écrire. A vrai dire je suis
plutôt un garçon sage ! Je ne vais pas traîner
au café du coin jusqu’à point d’heure, ni
courir le guilledoux. Ma vie est à peu de chose près
la même que lorsque la maison est remplie mais il y a juste
cet agréable sentiment d’indépendance totale à
l’égard des autres qui sur un temps bref est assez délicieux
à vivre. Je comprends très bien ces gens qui ont une
« annexe », un petit lieu tout à fait à
eux où ils peuvent se retirer en cas d’envie ou de besoin,
même s’ils vivent l’essentiel de leur temps dans
le cadre partagé familial, un studio au-dessus de l’appartement
ou un pavillon au fond du jardin, une tour Véléda comme
Châteaubriand dans son parc de la Vallée aux Loups par
exemple… On peut toujours rêver ! Enfin ça ne coûte
rien de se laisser aller ce genre de rêverie totalement impossible
à mettre en pratique en l’état de nos finances.
C’est ça aussi Paris au mois d’aout, le sentiment
de liberté des célibataires d’un moment.
J’ai fait des balades à vélo
comme je les aime, une hier et une aujourd'hui. Il y a moins de circulation
disais-je ! Certes et malgré tout l’air est irrespirable
! Hier surtout, où il faisait affreusement lourd sans pourtant
qu’il fasse véritablement chaud. J’avais le sentiment
en pédalant de sentir vraiment l’air pollué qui
me piquait les yeux et me grattait la gorge. Quelle pitié !
Paris est si beau. Aujourd'hui ça allait un peu mieux, peut-être
aussi parce que j’étais au bord de la Seine et pas le
long d’avenues passantes. J’ai flâné dans
Paris-plage en tout début d’après-midi, à
une heure où l’on peut encore circuler. J’étais
un peu réticent sur ce genre d’opération, à
la fois artificielle et un peu démago. Mais tout de même
c’est plutôt sympa et agréable si on évite
les moments de grand rush. Et surtout ça montre quelle merveilleuse
promenade pourrait être les quais toute l’année
si on se décidait enfin à en supprimer totalement la
circulation automobile. A la fin je me suis pris un joli orage sur
le coin du nez mais bon au moins ça lave un peu l’atmosphère.


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30/07/05 : Plaisirs célibataires
:
Je sors de table. Je me suis ouvert sur un parmentier
de canard venant banalement du super marché un vin de Falerne
pas mal du tout. Ça fait du bien de sortir de notre chauvinisme
vinicole hexagonal, il y a de sacrées bonnes choses ailleurs.
Sur l’étiquette il est marqué que les vins de
Falerne étaient encensés par Virgile déjà
dans les Géorgiques (les viticulteurs adorent ça, les
références littéraires et historiques, plus elles
sont anciennes mieux c’est, bon, les conditions de vinification
n’ont sûrement plus grand-chose à voir et un vin
ce n’est pas que son terroir, nos palais auraient sans doute
eu du mal avec le Falerne virgilien mais enfin ne soyons pas mauvais
public !). Il doit taper ce vin d’ailleurs, venu des vignes
recrues de soleil de Sicile, car après une demi-bouteille je
me sens assez nettement euphorique. J’écoute Nathalie
Dessay dans son disque d’air d’opéras français
et il me semble que je monte et descend sur les inflexions de sa voix
merveilleuse mieux que jamais, j’écoute sans être
dans la concentration absolue pourtant puisque je tape ces mots en
même temps mais il me semble que je n’ai jamais aussi
bien entendu cette musique. Et la petite pêche au vin sur laquelle
j’ai terminé n’était pas mal non plus…
Ce matin j’ai passé pas mal de temps
à me promener chez les diaristes, un tas de gens que je lis
épisodiquement et que je n’avais pas été
voir depuis longtemps, c’est que ce soir et demain j’en
rencontre quelques uns alors je me mets un peu au parfum des nouveautés
de blogoland. Mais j’en ai découvert aussi que je ne
connaissais pas du tout, notamment par l’intermédiaire
de Tarquine ce sympathique
promeneur parisien. Et puis j’ai mis de l’ordre dans
quantité de textes, j’ai fait pas mal de mise en forme,
j’ai fait des tirages papier, notamment j’ai sorti pour
la première fois toute ma série de pink-nouvelles écrites
à un moment ou un autre au cours des dix dernières années,
quand l’envie s’en faisait sentir au retour d’un
souvenir ou d’un fantasme. Et c’est vrai comme le disait
Alain dans une de ses récentes
entrées que de voir passer un texte qui n’était
que code mystérieux dans les profondeurs d’un disque
dur ou qu’évanescence sur l’écran à
la forme fixée d’un objet apparenté à un
livre lui donne une autre réalité. Ces petites nouvelles
qui n’étaient qu’occupation d’un moment les
voilà qui s’inscrivent dans une série, qui s’incarnent
dans des pages que l’on peut feuilleter, qu’on peut poser
sur l’étagère à côté du lit
et prendre plaisir à relire.
Je m’en vais promener cet après-midi,
je vais aller voir les peintres voyageurs au Brésil au 19°
au Musée de la Vie Romantique, un lieu de Paris, où
je n’ai jamais mis les pieds, si, si il en existe encore …
