MOIS
de Février 2004 (2°quinzaine)
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29/02/04
: Retour :
Ça y est, nous sommes rentrés. On a retrouvé
nos gars avec plaisir, la maison, notre ambiance familière... Mais on se
sent encore un peu ailleurs, dans la fatigue du lever trop matinal hier matin,
de notre long voyage de retour, avec les heures de bus pour rejoindre Amman, les
attentes à l'aéroport, les heures d'avion, avec dans les yeux encore
les images, la lumière, le climat de là-bas et dans les têtes
déjà tout ce à quoi il faut se préparer pour demain,
la reprise du travail et toutes les autres préoccupations retrouvées.
Les
sacs sont défaits, les tas de vêtements sales attendent de passer
à la machine à laver, on a dépouillé et parcouru le
courrier, les journaux et les revues arrivées pendant les vacances attendent
au pied de mon lit que je trouve un moment pour les lire
J'ai acheté
un bon rosbif et sorti une bonne bouteille de Bordeaux, ça aussi ça
fait partie du plaisir des retours.
J'ai ouvert la boîte à
mail, fait un premier tour rapide chez quelques uns des diaristes que je lis,
j'ai jeté un coup d'il sur le site Obsolettres,
que de choses à lire, là aussi c'est la reprise, je retrouve le
diarisme et je fais cette entrée en attendant de retranscrire les quelques
notes au jour le jour que j'ai prises sur des feuilles volantes pendant le voyage.
Tout
s'est bien passé, je suis content, c'était bien, beaux paysages,
bonne ambiance, bonne dépollution intellectuelle mais, mais quand même
il y a un petit je ne sais quoi de réserve. Il me semble que j'ai été
moins ravi, moins enchanté, au sens premier de ces mots, que par d'autres
voyages de ce type que j'ai pu faire. Est-ce lié à des éléments
objectifs tenant au voyage lui-même, au groupe, à l'encadrement ou
bien est-ce plutôt moi, qui suis plus retenu, plus facilement blasé,
avec une moindre capacité d'enthousiasme, moins d'enfance dans les yeux,
je ne sais pas trop, peut-être y a-t-il un peu des deux? C'était
moins l'immersion complète dans la randonnée longue durée
et la pleine nature que lors par exemple de mes treks dans le Hoggar ou dans l'Atlas
il y a quelques années, nous avons associé visites classiques de
sites touristiques et randonnées, nous avons pris des bus et des quatre-quatre
et pas seulement marché au pas de caravanes chamelières, nous avons
souvent dormi dans des hôtels et pas seulement chez l'habitant ou en bivouac,
les rythmes n'étaient pas les mêmes, permettant moins sans doute
la lente immersion, la contemplation silencieuse, le groupe aussi comportait peut-être
un peu trop de bavards, des gens sympathiques au demeurant mais à la parole
parfois envahissante.
J'ai pris des quantités de photos, trop peut-être,
là aussi l'il second, l'il qui cadre à travers l'objectif
a pris souvent le pas sur l'il premier, l'il de l'appréhension
immédiate. Mais c'est un plaisir aussi et je ne le regrette pas. Et ce
sera un plaisir de les retrouver plus tard comme ces notes que je m'apprête
à retranscrire, faibles mais utiles supplétifs de nos mémoires.
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29/02/04
bis: Carnet de route :
Voilà, j'ai retranscrit
mon carnet de route : c'est très factuel, plutôt sec, bien que j'aie
glissé de ci de là quelques impressions plus subjectives perçues
sur l'instant, c'est sans doute un peu fastidieux pour qui lira cela sans l'avoir
vécu, c'est qu'ici c'est vraiment la fonction mémorielle du journal
qui l'emporte, c'est pour moi, pour pouvoir garder la succession des lieux, des
noms, pour avoir un contrepoint pour resituer les nombreuses photos que j'ai ramenées
lorsque la mémoire vive se sera effacée.
Dimanche 15 :
Orly.
L'avion a du retard. Trois heures d'attente. J'ai chaud, je me sens légèrement
fiévreux, les joues et les oreilles me chauffent, j'ai vaguement mal à
la gorge, est-ce que je couve quelquechose ?
Vol sans histoire. Arrivée
à l'aéroport il fait déjà nuit noire, il fait froid,
le sol est luisant d'humidité bien qu'il ne pleuve pas, un car nous amène
vers Amman, la route s'élève, on devine maintenant de la neige dans
la campagne autour et sur les bas côtés, on entre en ville, voici
l'hôtel, pour sortir nos sacs on barbote dans la neige à demi fondue
Il
est trop tard pour aller dîner, il fait froid dans la chambre, on ne s'attendait
pas à ça, je grignote une pomme et suce une pastille pour la gorge.
Lundi
16 :
Peu avant cinq heures retentit le premier appel du muezzin, amplifié
par une sono trop puissante qui déforme le son, litanie métallique
et vaguement angoissante, qui nous tire violemment du sommeil, il y aura deux
autres appels de quart d'heure en quart d'heure, il fait encore nuit noire. Je
me penche à la fenêtre, la mosquée est juste à côté
de l'hôtel.
Au petit déjeuner la guide française qui va
prendre en charge notre groupe nous rejoint. On embarque dans un car en direction
de Jerash. On traverse Amman, une ville qui parait vaste mais peu structurée
et au bâti urbain très lâche, et on remonte vers le nord dans
un paysage assez vert et ponctué encore de plaques de neige.
Visite
de Jerash. Temps froid et couvert. Ruines spectaculaires, des théatres,
des temples assez bien conservés, somptueuses colonnes corinthiennes du
temple d'Aphrodite sur fond de ciel bleu, le temps d'une brève éclaircie,
impressionnante colonnade du cardo maximus, à l'entrée de la ville,
porte monumentale, souvenir d'Hadrien qui est venu ici, un empereur qui m'est
cher depuis ma lecture de Yourcenar. Nous prenons le temps, on visite assez tranquillement
mais tout de même dans un lieu comme celui-ci j'aurais aimé être
complètement maître de mon rythme, arpenter, aller et venir, m'imprégner,
ce n'est pas possible, déjà nous repartons
Arrêt
à Madaba pour voir la célèbre mosaïque, représentant
la carte de la Palestine. Intéressant historiquement mais un peu décevant
esthétiquement.
Mont Nébo ensuite, l'ambiance ici est plus forte,
plus prenante, l'église est riche de toutes les strates de civilisation
qui s'y retrouvent, les mosaïques sont plus belles que celles de Madaba et
puis il y a ce site surtout, ce rebord de la montagne jordanienne, la vallée
du Jourdain à nos pieds et la mer Morte, ce lieu où, selon la trahison,
Moïse est venue s'éteindre, en vue de la Terre Promise, il fait froid,
il y a du vent mais un timide soleil a percé et colore les pentes, un berger
passe dans le lointain avec son troupeau, vision biblique s'il en est, même
un mécréant comme moi se sent ému de cette vision, de cette
présence du passé dans le présent.
Descente vers la mer,
paysage désertique plutôt sinistre, deux hôtels plantés
là avec leurs établissements de bains, structures totalement artificielles,
nous les dépassons et nous arrêtons un peu plus loin, il fait très
doux ici, nous voulons plonger la main dans l'eau, nous descendons dans la caillasse
jusqu'au bord, une vingtaine de mètres en contrebas de la route. Eau tiède,
vaguement pégueuse. J'ai envie de me baigner tout de même. Ce n'était
pas prévu mais deux d'entre nous n'y résistent pas. On se déshabille,
on se laisse glisser dans l'eau tiède, on fait la planche, on se laisse
porter comme des bouchons, le soleil est en train de se coucher derrière
les montagnes d'Israel, c'est beau, je me sens bien, détendu, en forme,
tiens mon mal de gorge du départ s'est complètement fait oublier,
je n'y pensais plus. Je me sèche comme je peux avec mon tee-shirt et rejoint
le car tout encroûté de sel, la peau un peu irritée mais content,
la douche à l'hôtel à Kerak tout à l'heure quand même
sera bienvenue.
Mardi 17 :
Visite de Kerak le matin. Le ciel est
toujours nuageux mais cette fois avec de grandes plages de ciel bleu, avec un
soleil qui par moments brille franchement, qui nous réchauffe et anime
les vieilles pierres de l'imposante forteresse croisée.
Promenade ensuite
dans les rues commerçantes de la petite ville. Étals colorés
classiques de l'orient, marchands de fruits et légumes bien achalandés,
marchands d'épices, boucheries avec moutons et chèvres fraîchement
égorgés suspendus entiers, mais l'ensemble fait propre, bien tenu,
les gens sont gentils, ils nous sourient, nous parlent, nous souhaitent la bienvenue
mais sans se montrer désagréablement insistants. Les femmes sont
presque toutes voilées.
Parcours en bus par la route des rois qui suit
plus ou moins le rebord de la montagne jordanienne et franchit deux larges vallées
successives. Arrivée à Schaubak où nous dormons ce soir chez
l'habitant. Souleiman met trois pièces de sa maison à notre disposition,
il fait trop froid pour pique-niquer dehors, nous déjeunons assis sur des
matelas dans la grande pièce que chauffent deux braseros. Notre hôte
et ses fils vont à la cuisine chercher des plateaux, nous ne verrons pas
sa femme ni ses filles. Souleiman a huit enfants, il nous explique par l'intermédiaire
de notre guide qui parle arabe qu'il tient à ce qu'ils fassent des études
même si cela est financièrement très difficile, les trois
plus âgés, ont commencé des études supérieures,
y compris une fille qui est étudiante en mathématiques. Il ne veut
pas se contenter de la solution courante ici consistant à faire rentrer
les garçons à l'armée à 16ans, il y restent jusqu'à
32 ans et bénéficient ensuite d'une toute petite retraite qu'ils
s'efforcent de compléter avec des petits métiers.
Montée
à la forteresse. Nous sommes accompagnés par un des fils de Souleiman
engagé lui dans des études d'infirmier. Il me dit son âge
: il est né exactement le même jour que notre Taupin. En haut de
la colline nous attend l'instituteur du village qui nous conduit dans les ruines.
La forteresse est moins vaste et bien moins conservée que celle de Kerak
mais par cela même il s'en dégage peut-être plus de mystère,
elle est plus propice à la rêverie. Nous entrons dans un souterrain
qui parait sans fond, vaguement éclairés par la lampe torche de
l'instituteur nous descendons tant bien que mal, glissant et dérapant dans
les éboulis et à moitié sur les fesses, les 365 marches plus
ou moins ruinées et les 66m de dénivelée de la colline pour
arriver auprès d'un petit ruisseau souterrain, cette eau précieuse
qui a permis aux croisés de résister dix-huit mois dans cette forteresse
assiégée. Enfin nous nous extirpons du boyau par un puits grâce
à une échelle métallique aux barreaux largement espacés
et débouchons sur le chemin. En France l'application du principe de précaution
n'aurait jamais permis qu'un groupe de touristes se risque dans un endroit pareil.
Nous avons retrouvé un château fort avec passages secrets et mystérieux
souterrains à demi effondrés comme ceux des histoires et des rêves
de l'enfance.
Mercredi 18 :
Des véhicules nous amènent
peu après la sortie du village sur le rebord de la montagne, dominant le
Wadi Araba. Le temps est superbe aujourd'hui quoique toujours froid à cause
d'un vent glacial. D'ici nous partons à pied, plein sud, pour arriver en
deux jours de marches jusqu'aux portes de Pétra.
Ce n'est pas le désert
ici, il y de loin en loin de petits champs pierreux, de mini oliveraies, on croise
des troupeaux de chèvres et de moutons. Un bédouin très digne
sur son âne monte le chemin en face de nous, sa femme à pied trottine
derrière lui.
Sur le soir nous atteignons un large replat, planté
de chênes kermès. Souleiman,, venu en voiture par un autre chemin,
nous y a précédé et a installé le campement. Un très
bon thé, très sucré et parfumé à la sauge,
comme à chaque halte nous attend. Nous nous promenons un peu en attendant
la nuit, Constance et moi montons sur une petite éminence qui domine le
camp : le paysage est superbe, devant nous, sur un fond de canyons et de pentes
abruptes descendant vers le wadi Araba, la courbe très douce du replat
où la campement est installé, au loin la ligne du Neguev, à
notre droite un village jordanien, accroché dans la montagne plus haut
que nous et dont les maisons étincellent tandis que nous voyons disparaître
le soleil derrière la crête. Nous sommes plongés brusquement
dans l'ombre et dans le froid. C'est la nuit. Les lumières s'allument dans
les kibboutz au pied du Neguev, dans le village de la montagne, les flammes du
feu s'élèvent dans notre campement, il fait glacial, on a mis tout
ce qu'on a de vêtements sur notre dos et on se serre autour du feu tandis
que réchauffent les marmites remplies de légumes et de poulet cuisinées
par les femmes tout à l'heure au village. La nuit est froide, sans lune
et sans nuage, le ciel se soir est particulièrement beau
Jeudi
19 :
Le vent a beaucoup soufflé cette nuit, secouant la tente. Il
s'est calmé sur le matin. Mais quand je mets le nez dehors un épais
brouillard est tombé, noyant tout le paysage. Nous partons rapidement,
nous continuons notre route vers le sud. Les nuages se déchirent peu à
peu laissant apercevoir des morceaux de ciel bleu.
Peu à peu nous approchons
de Pétra. Nous dominons les reliefs de grès au milieu desquels la
capitale nabatéenne est construite. Nous plongeons sur le village de Beida
et nous enfonçons entre les rochers à la découverte de nos
premiers monuments nabatéens, ceux de Petite Pétra.
De là
des taxis nous mènent à Wadi Musa où nous retrouvons avec
plaisir le confort d'un hôtel.
Vendredi 20 :
Journée
classique de visite de Pétra. Nous pénétrons dans le site,
comme l'ensemble des touristes, par le long défilé du Sikh (1km
et demi) pour profiter de l'apparition spectaculaire, entre les falaises sombres
du défilé, du Khazneh, vaste monument taillé dans le grès
rose et éclairé par le soleil du matin. C'est une image mille fois
vue, il n'y a pas d'effet de surprise mais je me plais à imaginer lé
réaction des premiers voyageurs de l'Arabie Pétrée débouchant
sur cet extraordinaire monument. C'est ensuite surtout, lorsqu'on s'éloigne
de cette zone où se concentre la majorité des touristes que l'on
accède peu à peu à la magie du site. Montée au Haut
Lieu de Zib Attuf, d'où la vue est superbe sur l'ensemble du site, redescente
par le Tombeau du Soldat, à proximité duquel nous pique-niquons,
montée au Tombeau à l'Urne, nous longeons les autres tombeaux de
la Khubta, la lumière joue magiquement sur les veines multicolores des
grès, déployant ainsi par moments de véritables micro-paysages
dans lesquels il faut prendre le temps de rentrer. Nous atteignons le défilé
très étroit du petit Sikh, nous y pénétrons, progressons
lentement parce qu'il faut parfois escalader des chaos rocheux, amenés
ici à chaque pluie violente et qui entravent le passage, nous rejoignons
la sortie du site par le tunnel creusé par les nabatéens pour détourner
les eaux du grand Sikh .
Samedi 21 :
Des taxis nous amènent
à quelques kilomètres au nord de la ville, peu avant Beida, nous
empruntons un large vallon cultivé puis atteignons une montagne que nous
contournons par le flanc, en nous élevant peu à peu au-dessus d'un
canyon par des vires assez larges. De nouveau nous apercevons le Wadi Araba, loin
en contrebas puis soudain, au-dessus de nous cette fois, dans l'échancrure
entre deux rochers, le cône sommital du Deir, à l'aspect vaguement
chinois. Nous arrivons ainsi par l'arrière, nous découvrons peu
à peu toute la masse impressionnante de ce monument, l'un des plus spectaculaire
de Pétra. Nous redescendons dans la ville basse, par le chemin habituel,
de longues volées d'escaliers, nous traversons la partie romaine du site
puis montons à l'église byzantine riche de ses mosaïques, nous
remontons un peu pour admirer le théâtre vu de dessus. Au retour
nous empruntons le Sikh, il est tard, nous sommes parmi les tous derniers visiteurs.
Les marchands achèvent de replier leurs étals de souvenirs, les
jeunes hommes qui n'ont plus de touristes à transporter au pas sur leurs
chevaux s'amusent, font des courses entre eux, passent et repassent au galop.
Dimanche
22 :
Le temps s'est gâté. Au lever il fait froid, gris et
venteux. Nous marchons en direction du Mont Aron qui reste couronné de
nuages. Notre guide n'a guère envie de monter dans le brouillard, elle
nous propose un itinéraire de substitution à l'excursion que nous
devions faire. Certains souhaitent monter quand même. Et moi aussi finalement,
après avoir hésité. Nous attendons tandis que notre guide
va discuter avec un bédouin dans une tente proche. Peu après une
petite fille de sept-huit ans en sort, c'est elle qui nous montrera le chemin
jusqu'au sommet, elle arrive en courant, sautant de pierre en pierre sur ses pieds
nus. Nous sommes impressionnés et un peu effrayés de la voir se
lancer dans cette montée sans chaussures et si peu vêtue alors qu'il
fait si froid. Mais elle gambade devant nous dans les cailloux et nous avons peine
à la suivre. Le plafond monte et descend sans cesse, il tombe même
quelques gouttes, nous montons toujours sans grand espoir que ça se lève.
Nous croisons des troupeaux, d'autres petites filles s'approchent, des surs
ou des cousines de notre petite guide, toute fière de nous conduire. Elles
échangent des saluts et même des chansons, une des petites bergères
nous fait un bout de conduite. Nous arrivons sur le plateau au pied du dernier
escarpement, on devine le Wadi Araba à nos pieds, les nuages cette fois
se déchirent, nous continuons à monter par des escaliers taillés
dans les rocher, nous atteignons le sommet sans avoir été pris dans
le nuage, nous grimpons sur la terrasse du petit sanctuaire qui couronne le Mont
Aron, le vent est glacial et si fort qu'on a peine à tenir debout mais
un vrai rayon de soleil enfin perce les nuages et anime soudain le paysage. La
vue est magnifique sur la montagne jordanienne, sur les montagnes de Pétra
dans lesquelles on distingue au loin le Deir, sur la plaine. Nous redescendons,
heureux d'avoir persévérés, heureux de cette escapade en
plus petit groupe. Nous laissons à la gamine tout ce qui nous reste de
nourriture et un stylo pour l'école où elle va peut-être.
En fin d'après-midi le temps se met franchement au beau, nous en profitons
pour revoir certains des plus tombeaux de la ville basse dans un site pratiquement
vide de touriste en ce dimanche.
Lundi 23 :
Nous partons en car
vers le Wadi Rum. Route magnifique au sortir de Pétra, nous grimpons rapidement
au flanc de la montagne jordanienne, dominant les montagnes gréseuses de
Pétra, le temps aujourd'hui est superbe, la coupole blanche du Mont Aron
étincelle au soleil sur fond de Wadi Araba noyé dans la brume et
qui d'ici semble une mer. Nous rejoignons l'autoroute du désert et filons
plein sud sur le haut plateau, au loin apparaissent les premières montagne
du Wadi Rum. Peu après le poste en construction où s'effectuera
d'ici peu l'entrée dans la zone devenue parc national notre car s'arrête
en plein désert, un pick-up est là où nous chargeons les
sacs, nous prenons contact avec l'équipe bédouine qui sera avec
nous dans cette partie du voyage, les véhicules sen vont, nous partons
à pied vers la montagne la plus proche, franchissons un petit col et nous
enfonçons dans le désert.
Halte méridienne à l'ombre
d'une falaise. En face au-delà d'une large étendue de sable, la
montagne présente une fissure spectaculaire. Pendant la sieste Constance
et moi décidons de nous y rendre. Cela parait tout près. Cinq minutes
à peine, les distances sont trompeuses dans le désert, il nous faudra
un bon quart d'heure pour l'atteindre !
Arrivée à notre campement
du soir. Nous plantons nos tentes à proximité d'une grande tente
bédouine installée à demeure parallèlement à
la falaise et qui délimite un vaste espace très abrité où
il fera bon tout à l'heure de s'installer pour dîner autour du feu,
protégé du froid de la nuit.
Le soir la conversation vient sur
le parcours de notre guide qui n'est pas banal. A dix-huit ans, à peine
le bac en poche, elle est partie travailler pour une agence de mannequins en Italie
puis a vécu deux ans aux Etats-Unis vivant de petits boulots avant de s'installer
en Amérique du Sud, elle y a rencontré un chilien, avec qui elle
s'est mariée, dont elle a eu une petite fille, elle s'en est séparée
au bout de quatre ans, est partie avec sa fille, elle a vécu un temps en
Inde et a commencé à travailler pour des agences de voyage, pilotant
des circuits en Amérique du Sud, en Inde puis en Jordanie et en Egypte,
elle a rencontré un bédouin du Wadi Rum qui a monté une petite
agence de voyage locale, elle l'a épousé et elle a eu un petit garçon
qui a maintenant quinze mois. Les deux enfants pour le moment sont chez sa mère
en France, elle parle d'eux avec beaucoup de chaleur et d'amour et l'on comprend
qu'ils ne doivent pas se sentir abandonnés même si leur mère
ne s'occupe guère d'eux dans le quotidien. Elle enchaîne groupe sur
groupe jusqu'en avril mais elle pense les faire venir pour la dernière
randonnée, sa fille marchera avec le groupe, elle, elle accompagnera en
portant le bébé sur son dos
il faut ne pas avoir froid aux
yeux pour se lancer dans une vie comme celle-là.
Mardi 24 :
Je
sors le bout du nez de mon duvet vers 5h. La nuit pâlit, il n'y a plus d'étoiles,
les montagnes alentour se détachent en silhouettes sur le fond du ciel
qui s'éclaire peu à peu. C'est le moment qui convient à la
contemplation. J'installe mon duvet dehors pour assister tout en me reposant encore
à la montée du jour. Magnifiques couleurs du matin lorsque le soleil
franchit la crête.
Nous partons plein sud puis zigzaguons entre l'enchevêtrement
des montagnes. Pendant la halte de midi je grimpe par des dalles faciles une trentaine
de mètres au-dessus de notre lieu de pique-nique. Vue immense, grand silence,
je m'installe sur une dalle doucement chauffée par le soleil, à
mes pieds les membres du groupe, petites tâches colorées sur le désert,
dispersés de ci de là, l'une bouquine à l'ombre d'un buisson,
une autre dessine, d'autres sont assoupis sur le sable, plus loin trois dromadaires
vadrouillent lentement les pattes retenues par leurs entraves, plus loin encore,
adossé à la montagne qui nous fait face on distingue à peine
un camp de bédouins
Longue marche l'après-midi, une pente
légère qui n'en finit plus, le sable rend nos pas plus lourd, ça
tire dans les genoux, en plus pour la première fois du voyage je me sens
un peu barbouillé, j'ai eu du mal à manger à midi et ça
gargouille sérieusement dans mon estomac.
Au campement le soir le mari
de notre guide nous rejoint en jeep pour passer la soirée et la nuit avec
nous, il porte le narguilé, on l'allumera tout à l'heure après
le repas, auprès du feu. Odeur à la fois forte, légèrement
doucereuse et écoeurante, certains s'y essayent, pas moi
Mercredi
25 :
Nous continuons toujours vers le sud, nous franchissons un petit col
et descendons dans le large Wadi Saabet, face à l'Um Medani, le point culminant
de la Jordanie (1835m), au-delà apparaît la ligne de crête
qui fait frontière avec l'Arabie Saoudite.
Nous changeons de direction,
nous marchons désormais vers le nord-ouest. La marche ici est plus facile,
à plat sur un sol plus ferme, le sable est très rouge, le sol est
couvert de petits buissons aux formes tourmentées qui évoquent parfois
des bonsaï et surtout d'une multitude de minuscules fleurs jaunes, bleues
ou blanches. J'ai laissé mes ennuis gastriques à la dernière
étape, je me sens bien, léger, vraiment présent au paysage,
à cette falaise dont nous approchons peu à peu et auprès
de laquelle nous poserons le camp.
Nous sommes arrivés tôt à
l'étape. Nous repartons pour une courte marche afin d'aller assister d'un
point un peu plus élevé au coucher du soleil, à la plongée
brusque d'un disque parfait derrière la ligne de crête frontière.
Jeudi
26 :
Nous repartons vers le nord. Nous zigzaguons dans un enchevêtrement
complexe de montagnes. Il fait plus chaud aujourd'hui, le soleil tape fort mais
la lumière est moins belle, le ciel moins pur.
Au détour d'une
montagne nous voyons apparaître la belle paroi de Qattar. Trois ou quatre
pick-up chargés de matelas, de couvertures, de citernes passent. Ce sont
des bédouins qui déplacent leur campement. Désormais les
dromadaires ne sont plus guère utilisés pour le transport, c'est
une révolution qui facilite considérablement la vie des bédouins
même si c'est moins poétique pour le touriste de passage.
Nous
longeons longuement la paroi de Qattar et établissons notre campement sur
une éminence qui lui fait face et d'où s'aperçoivent aussi
les montagnes qui dominent le village de Rum. C'est notre dernière nuit
dans le désert. Le mari de notre guide est revenu, cette fois en grand
habit bédouin, une longue gandourah blanche immaculée, un manteau
long doublé de laine de mouton, le kefieh sur la tête, il a fière
allure. Il allume le narguile tandis que l'on prépare les braises sur lesquelles
vont griller les morceaux de chèvre du méchoui du dernier soir.
La viande est plutôt dure, pas très agréable à manger
et pas si savoureuse que cela, mais ça ne fait rien, on manifeste notre
enthousiasme
Vendredi 27 :
Fini la marche, cette fois nous embarquons
dans la jeep et le pick-up. Nous rejoignons en une petite demi-heure le village
de Rum, c'est un village de bout du monde, pauvre et triste, maisons de parpaings
pas terminées, minuscules boutiques déglinguées et fermées
pour la plupart. De façon quasi surréaliste les deux rues du village
se terminent à l'orée du désert par des rangées de
poteaux métalliques destinés à recevoir des lampadaires dans
le cadre d'un plan d'aménagement touristique en cours. La maison de notre
guide est la dernière du village, elle fait aussi office de siège
pour la petite agence touristique, elle a meilleure allure, ses murs sont terminés,
peints en blanc et bleu, on distingue une treille dans la cour, devant s'étend
une petite oliveraie et un enclos pour les poules et deux dromadaires.
Un car
nous attend ici, nous empruntons à nouveau l'autoroute du désert,
retrouvons les convois de camions au long cours qui relient le port d'Akaba sur
la Mer Rouge au nord de la Jordanie et au-delà à la Syrie et à
l'Irak.
Á Akaba l'hôtel et sa douche surtout sont bienvenus après
quatre jours de désert où la toilette a été plus que
sommaire. L'après-midi une navette nous amène à une plage
à une quinzaine de kilomètres de la ville au-delà du port
où l'on peut voir des récifs coralliens proches du rivage. C'est
beau, j'imagine que ça pourrait l'être encore plus, il y a du vent,
des vagues, l'eau est un peu trouble et puis la mer n'est pas vraiment chaude,
on ne peut pas rester dans l'eau aussi longtemps qu'il le faudrait. C'est vendredi,
jour férié ici, il y a beaucoup de familles jordaniennes, des groupes
de jeunes mais qui viennent pour la promenade et le pique-nique plus que pour
la baignade, un groupe de jeunes filles en voile s'avancent sur la jetée,
formes inhabituelles qui se détachent dans le contre-jour, ce n'est pas
une très belle plage mais c'est plus sympathique d'être ici que sur
la plage privée d'un grand hôtel.
Samedi 28 :
Le
car part à cinq heures pour nous mener à l'aéroport D'Amman.
Nous empruntons cette fois tout du long l'autoroute du désert. Arrivée
à l'aéroport, inévitables attentes, nous décollons
à midi, nous faisons une escale à Genève, dommage je suis
loin du hublot, je devine à peine les superbes montagnes enneigées
entre lesquels on descend, encore une heure de vol, voilà, nous sommes
à Paris, on coltine nos sacs entre orlybus et la maison, voilà,
nous sommes rentrés, nous retrouvons nos deux gars, joie du retour comme
chaque fois, c'est un des plaisirs du voyage
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